19/10/2014

Konrad - Look at the picture


L'unique 45 tours de Konrad est demeuré pendant plusieurs années un des plus grands mystère du blogue Vente de garage. Je vous en parlais à deux reprises en 2008!

Essentiellement inconnu, hors du radar, ce 45 tours maison, pressage privé, contient en face A le morceau Look at the picture, une excellente chanson de rock à tendance psychédélique dont la description pourrait osciller entre rock rural hippie et... power pop! (À mon avis, bien entendu...)

Ce disque pourrait bien devenir un objet de convoitise pour plusieurs collectionneurs. Voici son histoire révélée.

Les liens entre l'Abitibi-Témiscamingue et le nord-est ontarien ont été très importants pendant plusieurs années. Ça a été vrai jusqu'aux années 80 environ.

Konrad est originaire du comté peu connu de Timiskaming, en Ontario, plus précisément du village d'Earlton. Ce comté situé essentiellement sur les rives du lac Témiscamingue est voisin du Témiscamingue québécois qui se trouve sur l'autre rive du lac.



En 1970, les jeunes franco-ontariens Hubert Cayer (bassiste, 17 ans), Réjean Pierre Savoie (batteur, 20 ans) et André Rivard (guitariste, 19 ans), fondent Konrad alors que les deux plus jeunes membres sont encore à l'école secondaire.

Jouant abondamment dans les bars et salles de danse du nord-est de l'Ontario et du Témiscamingue québécois, Konrad se forge une réputation intéressante.

Sur scène, Konrad propose trois sets différents. Un set «heavy» où les chansons d'Hendrix, The Who, Steppenwolf et Santana se côtoient. La deuxième option est plutôt rock'n'roll à saveur rétro. Et pour faire plaisir au public, Konrad peut aussi se lancer dans un set country rock. Le groupe intègre aussi des compositions à son répertoire.



Réjean Pierre Savoie s'improvise alors producteur pour permettre à Konrad d'avoir un enregistrement à offrir à son public.

En août 1970, Konrad se rend au studio Thunder Sound Recording, rue Danforth, à Toronto. L'enregistrement coûte 350$ au groupe, puis l'impression de 1000 45 tours coûte 650$. Pour 1000$, Konrad obtient 1000 copies de son unique 45 tours.





En face A, le groupe place sa composition Look at the picture. Il s'agit d'un excellent morceau de heavy rock. Très efficace. Cette chanson possède un soul brut qui me rappelle à la fois Offenbach à ses débuts, ou encore certains morceaux des Real Kids de Boston. Deux esthétiques très différentes! Pourtant, Konrad réussit à se placer quelque part entre les deux. Les solos de guitares et d'orgue sont excellents. D'ailleurs, l'organiste, sur l'enregistrement, était possiblement un certain Joël Audette, originaire de Lorrainville, au Témiscamingue québécois.





Sur l'autre face, la chanson She didn't love me, un slow dans l'esthétique fifties, est moins intéressante, mais demeure efficace. Les paroles, à la limite de la caricature, valent une écoute!

Le groupe a joué tout au long de l'année 1970, vendant des copies de son 45 tours lors de ses concerts, ainsi que dans des restaurants et boutiques de leur région.



Konrad a mis fin à ses activités après quelques mois, les membres devant terminer leur école secondaire. Réjean P. Savoie, pour sa part, est parti travailler à Kirkland Lake. Konrad a repris du service lors du 75e anniversaire du village d'Earlton.

Réjean Savoie a joué dans le groupe Hootch, populaire dans le secteur, de 1970 à 1975. André, professeur à Timmins, aurait joué dans le groupe Racine Carré.


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Konrad were a franco-ontarian outfit from Earlton who recorded a rural/psych rock 45 in 1970. This private pressing record is almost unknown, yet uncomped and should become in demand when discovered. The song on the A side, titled Look at the picture, sounds like heavy rock, but also like early power pop. Weird, odd mix, yet, it does the job terribly well.

16/10/2014

L'évolution du métal québécois - Compilation Vente de garage Vol. 6.2 : Maudite musique de pouels!



L'évolution du métal québécois, mon tout premier livre, est maintenant sur le marché. Incroyable. Le travail débuté en 2007 a fini par finir.
Il est disponible en librairies et en commande sur le web ici.

En 2008, je publiais sur Vente de garage une compilation regroupant mes principales découvertes de heavy rock seventies du Québec. C'est ainsi qu'est né «Maudite musique de pouels». Deux remises en ligne plus tard, cette compilation peut maintenant s'écouter en guise de trame sonore pour les premiers chapitres de L'évolution du métal québécois.

Pour le plaisir des lecteurs du livre, la revoici!
La Compilation Vente de garage Vol. 6.2 : Maudite de pouels! est une sélection non-exhaustive de musiques sabbathistes, hard psych, hard blues, hard rock, progressive, glam, punk… branches et ramifications des racines du métal québécois.



Pour découvrir encore plus de musique du même créneau, je vous conseille fortement d'écouter l'émission de Mondo P.Q. «Province du hard rock IV» où j'ai été invité à parler de L'évolution du métal québécois et où j'ai présenté plusieurs pièces rares et obscures citées dans le livre.

20/09/2014

Québec soul #10 - The Lords featuring Little Harley - Baby I've got to have it


(scroll down for english version)

L'histoire de la musique au Québec n'a pas fini de livrer tous ses secrets. À chaque fois où j'ai pensé avoir fait le tour, je suis tombé sur de nouveaux artistes obscurs, inconnus et surtout incroyables.

Ce disque en fait partie.

The Lords featuring Little Harley.

Une véritable bombe de garage/r'n'b/soul/funky... exactement le type de musique dont je raffole.

La chanson Baby I've got to have it est un des secrets les mieux gardés de la musique des années 60 au Québec. Cuivres puissants, rythme ultra rapide et déchaîné, voix écorchée et exécution brute. Un chef d'oeuvre dans son genre.



 La face B du 45 tours est plus posée, mais confirme que The Lords et Little Harley avaient une intention soul claire et définie. Let it be me est une adaptation anglophone de la chanson Je t'appartiens (1955) de Gilbert Bécaud. Curtis Mann l'a traduite en 1957. The Lords proposent ici une version à fleur de peau, intense, proche du type de livraison qu'un certain Otis Redding aurait pu en faire.



Mais une question demeure: qui étaient The Lords et Little Harley? Un groupe montréalais? Un groupe américain de passage ici?

Le son de l'enregistrement et les arrangements me rappellent plusieurs artistes locaux, notamment Nicky Lee & Les Playboys.

Sur la face A, le nom de Jean-Pierre Lamontagne figurant dans les crédits peut laisser penser que The Lords aient été un groupe québécois, si cet homme faisait bel et bien partie du groupe.

L'autre nom crédité à la composition de Baby I've got to have it est H. Downey. Pourrait-il s'agir de Harley Downey?

Une chose est certaine, The Lords faisaient partie de l'écurie de Donald K. Donald.


Ce 45 tours a été lancé sur l'étiquette montréalaise Allied. Cette maison de disque lançait autant d'artistes locaux obscurs ou populaires que de disques licenciés via les États-Unis, notamment.

Selon les informations disponibles sur ce 45 tours, on peut assumer qu'il s'agit d'une production locale et d'un groupe du Québec, puisque Dean Hagopian est cité comme producteur.

Dean Hagopian était un producteur et aussi chanteur bien connu et très actif dans le milieu anglophone montréalais dans les années 60. Il a également été animateur de radio à CFOX, mais également acteur! La liste de productions auxquelles il a participé est assez impressionnante, de Snake Eyes avec Nicolas Cage, jusqu'aux Mystérieuses cités d'or!


Autre fait intéressant, je suis récemment tombé sur cette photo du chanteur rouynorandien Jacques Gendron, ici accompagné par un groupe nommé The Lords. Jacques Gendron et The Lords étaient régulièrement engagés à Montréal. Il se sont notamment produits au Café de l'Est et au El Mocambo. Y a-t-il un lien entre le groupe The Lords que l'on voit ici et ceux qui se retrouvent sur le 45 tours en question? On s'entend toutefois que plusieurs groupes des années 60 ont dû utiliser le nom The Lords...

The Lords, Little Harley, Jean-Pierre Lamontagne, H. Downey... qui êtes-vous? Manifestez-vous, écrivez-nous, on veut en savoir plus sur votre carrière! Idem si vous avez connu les membres du groupe!

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Baby I've got to Have it by The Lords featuring Little Harley is one of the best kept musical secrets of Quebec's music history.

It's a killer upbeat soul/r'n'b tune with a strong garage feel that will get any sixties music fan jumping and stomping. It's a bomb.

This secret is so well kept that nobody knows who The Lords and Little Harley actually are.

Were you part of this band, do you know anything about them? Please contact us as we'd really like to know more about these great musicians.




17/09/2014

Best of Les Lutins (selon Vente de garage, le blogue)

Les Lutins représentent peut-être le pinacle du garage québécois des années 60. À bien des égards, ils en sont l'exemple parfait : juvéniles, naïfs, bruts, fuzzés, spontanés, révoltés. Mais Les Lutins n'ont pas été que d'obscurs musiciens de garage, ils ont également été extrêmement populaires.

Je vous en parlais d'ailleurs à l'émission PM de Radio-Canada. Vous pouvez réécouter la chronique ici.

Le 19 septembre prochain, leur chanteur, Simon Brouillard, sera de retour sur scène, en compagnie du groupe Gazoline.

Vente de garage, le blogue, souligne l'événement en vous offrant une playlist des regroupant rien d'autre que les meilleures chansons des Lutins, tirées de leur discographie entière, et plus loin encore.

Les Lutins, un classique du garage québécois.

Download de la playlist complète ici / here. Ou écoutez plus bas. Or listen below.

Les Lutins maybe actually represent the pinnacle of Quebec's sixties garage scene. They are the perfect example of what that movement was : juvenile, naive, raw, fuzzy, spontaneous, revolted. But Les Lutins weren't obscure garage musicians. They actually became immensely popular.

On september 19th, their singer, Simon Brouillard, will com back on stage, along with Gazoline, a young talented local band,

To salute this event, Vente de garage has gathered together in a playlist only the best tunes from the whole Lutins discography and beyond.

Les Lutins, a true classic of Quebec garage.


Henri-Pierre Noël - Kouloué Bois



Le légendaire pianiste haitien/montréalais Henri-Pierre Noël donnera un de ses rares concerts, dans le cadre de Pop Montréal 2014.

Henri-Pierre Noël s'est fait connaître auprès des collectionneurs de disques grâce à deux albums lancés à la fin des années 70 sous étiquettes privés. L'hybride de funk, de kompa, de disco et de musique traditionnelle haïtienne qu'on y retrouve est à la fois unique en son genre et génial.

Psyquébélique en parlait en 2009.

La compagnie anglaise Wha-wha 45's a réédité au cours des dernières années les deux albums d'Henri-Pierre Noël. Deux chansons inédites ont également été lancées par Wha-wha 45's. La réédition de l'excellent album One more step a été lancée en juillet dernier. Vous pouvez l'écouter ici.



À l'occasion de la réédition de l'album Piano d'Henri-Pierre N0ël, en 2012, j'ai eu l'occasion d'interviewer le pianiste pour une chronique qui avait été diffusée à la défunte émission Bande à part. Je partage aujourd'hui avec vous l'entrevue complète. 30 minutes de discussion sur le passé, le carrière et la démarche musicale d'Henri-Pierre Noël.



Je profite aussi de l'occasion pour partager avec vous les deux seules chansons originales d'Henri-Pierre Noël qui n'ont pas encore connu de réédition.

Il s'agit de deux morceaux tirés d'un rarissime 45 tours paru sur étiquette Reveal, vers le début des années 80.

Kouloué Bois est particulièrement excellente. Rythme électronique très groovy et claviers endiablés. C'est une petite bombe!



Sur l'autre face, la chanson Chouchoune est plus lente et près de chants traditionnels haïtiens.



Merci de votre indulgence face à la qualité de la numérisation... le disque n'est pas dans le meilleur état.

On souhaite un excellent concert à M. Henri-Pierre Noël ainsi qu'à tous les spectateurs qui auront la chanson d'assister à l'événement!

Bonus: une critique d'époque de l'album One more time, parue dans le magazine Pop Rock.




05/08/2014

Le Spectre - Pourquoi



Pour le 4e été de suite, je serai à l’émission PM hebdomadairement pour y présenter des 45 tours. Au cours des 8 prochaines semaines, je ferai le palmarès de mes 45 tours les plus rares.

Le 25 juin dernier, je procédais à ma première chronique de la série. J’ai débuté avec le rarissime 45 tours des Haunted incluant leur reprise classique de Vapeur Mauve. Un appel à tous a été lancé lors de cette chronique : Qui est le groupe que l'on retrouve en face B du 45 tours? The Haunted ont toujours juré qu'il ne s'agissait pas d'eux. Yves Blais, batteur du groupe Le Spectre, a répondu à l'appel. Voici l'histoire qui a mené à l'édition d'un des 45 tours les plus mythiques et recherchés au Québec.

Le Spectre de Sorel

Le SPECTRE vise à dominer le monde tout en recherchant le profit. Dans James Bond. Il s’agit d’une société criminelle secrète (Service pour l’Espionnage, le Contre-espionnage, le Terrorisme, la Rétorsion et l’Extorsion). C’est de cette sympathique organisation que le groupe garage sorelois tient son nom.



L’orchestre prend racine vers 1964 avec Les Gouaps, de Sorel. Ce nom là signifiait les «voyous».

Suite à un remaniement de personnel, le groupe se solidifie autour d’Yves Blais (batterie), Michel Cotnoir (guitare), Louis-Philipe Tremblay (guitare), Jean Cournoyer (basse) et Michel Guertin (orgue). Le nom Le Spectre est adopté quelque part en 1965.

Après quelques engagements dans son coin, Le Spectre se voit recruté par le gérant Yvon Deschenaux, ex-membre des groupes Les Kool Kats, puis des Majestiks. Ce dernier leur décroche un contrat d’enregistrement avec la compagnie Solfège, appartenant à un certain Zakaïb.

La première pièce enregistrée pour le compte de Solfège par Le Spectre est une reprise de Sunny, un succès de Bobby Hebb devenu à toutes fins pratiques un standard des années 60 pour tous les orchestres populaires. Yves Blais, batteur, se souvient d’être entré au studio StereoSound de Montréal avec la naïveté d’un adolescent qui vivait enfin le rêve de se retrouver en studio. Mais, avec du recul, M. Blais réalise que les producteurs devaient forcer la main des groupes afin que ceux-ci enregistrent des reprises de succès américains ou anglais. Ça a été le cas aussi pour Le Spectre.





Yves Blais, batteur du groupe Le Spectre



Cependant, la version de Sunny du Spectre demeure intéressante et connaît un certain succès sur les palmarès de différentes radio au Québec.

Le Spectre se retrouve donc en booking avec l’agence P.G. (Pierre Gravel), de Granby,  et est engagé sur plusieurs émissions de télé telles Allez-4 (Québec), Bonsoir Copains (Sherbrooke) et éventuellement à Jeunesse d’aujourd’hui (Télé-Métropole).

La face B de Sunny est Tu l’aimeras (une faute de frappe sur le disque indique, par erreur, que le morceau s’intitulait Tu l’aimerais), une ballade composée par Louis-Philippe Tremblay.




Suivant le succès de Sunny, Solfège répète l’expérience avec Le Spectre, mais cette fois, le disque fait patate. Je veux t’aimer et Ça ne peut s’oublier sont deux compositions du Spectre.


 




Le gérant Yvon Deschenaux met donc son réseau de contact à profit et trouve un nouveau contrat d’enregistrement au Spectre, cette fois chez les Disques Monde.

La face A propose une reprise du succès Western Union des Five Americans.




La face B renferme pour sa part la chanson la plus intéressante du répertoire enregistré du Spectre jusqu’alors : La vérité. On y sent enfin du guts, des paroles révoltées et une maîtrise assurée du group sound / beat. Un exemple classique de garage québécois.




Un enregistrement mythique, un album oublié...

En 1967, Le Spectre est de retour au studio StereoSound de Montréal pour y enregistrer un album complet. 4 chansons sont finalisées : Ce jeu là, Je veux être à toi, Attention à toi et Pourquoi. Ce jeu là (reprise de Play with fire des Stones) et Attention à toi (reprise de Steppin' Stone des Monkees) révèlent toutes deux une énergie garage fort intéressante. Mais le groupe se sépare avant d’avoir terminé l’enregistrement de l’album complet. Les bandes maîtresses sont donc tablettées au studio et rapidement oubliées par le groupe.

Je veux être à toi


Ce jeu là


Attention à toi


Le Spectre en concert, 1967

Yves Blais part alors rejoindre un autre mythique groupe garage de Sorel, M2+AC, avec qui il effectue de tournées, mais ne participe à aucun enregistrement.

Pourquoi VS Vapeur mauve




En 1968, le légendaire groupe montréalais The Haunted lance un ultime 45 tours sur lequel se retrouve une version francophone de Purple Haze d’Hendrix. Il s’agit d’un classique du garage/ psych au Québec, mais aussi d’un des disques les plus rares et les plus recherchés par les collectionneurs. Très peu de copies sont connues. Elles peuvent se vendre entre 200 et 300$... et même jusqu’à 500 euros du côté de l’Europe.




Sur  la  face  B de ce désirable 45 tours paru sur la micro-étiquette Marque XII,  on  retrouve  un morceau qui s’intitule Pourquoi. Il s’agit encore d’une traduction, mais cette fois de la chanson Talk  Talk  du  groupe  garage américain The Music Machine. La version est sauvage, mordante, menée par un orgue électrique bien appuyé et des paroles carrément punk. Il s’agit d’une des meilleures pièces de rock garage enregistrées au Québec, à mon sens. C’est d’ailleurs très surprenant qu’un groupe d’ici ait tenté l’aventure de reprendre une chanson aussi tonitruante et obscure que Talk Talk. Legends are made of these.

Seulement, les  membres  des  Haunted  ont  toujours  nié  avoir  enregistré  cette  chanson. Ils  prétendent  qu’il  s’agit  d’un  autre  groupe,  qu’il  ne  s’agit  pas  d’eux  sur  cet enregistrement.

Le mystère entourant cette face B est donc resté des plus complets, jusqu’à récemment. Lorsque les disques Mérite ont lancé leur série Les Introuvables, en 2008, le 1er volume de la série (sur 20 volumes), contenait la chanson Pourquoi. À certains endroits, la chanson est attribuée aux Haunted, mais le MP3, lui, est attribué au groupe Le Spectre. Sébastien Desrosiers m’avait mis la puce à l’oreille à propos de ce fait.

Suite à ma chronique à PM sur le sujet, un collègue radio-canadien, André St-Arnault, m’a contacté pour me dire que Pourquoi avait été enregistrée par le groupe de son ami Yves Blais : Le Spectre. M. Blais confirme cette information. Il s’agit bel et bien d’une chanson qui devait se retrouver sur un album complet, mais inachevé, du Spectre.

La chanson a été placée sur le 45 tours des Haunted sans la permission du Spectre et, à n’en point douter, sans la permission des Haunted.

Il a aura donc fallu près de 50 ans pour retrouver les groupes ayant enregistré cette excellente reprise de Talk Talk des Music Machine. Un autre mystère de l’histoire de la musique québécoise est résolu!

Le Spectre et Les Haunted partagent des noms glauques et un «split» 45 tours fortuit!

Aujourd’hui, M. Yves Blais est toujours actif musicalement avec le groupe Jaztonics, ainsi qu’en tant que fabricant d’instruments de percussions.

Un énorme merci à Yves Blais et André St-Arnault pour les informations et les archives.

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Long story short, legendary Montreal band The Haunted recorded a killer french version of Hendrix's Purple Haze around 1968. It's french, it's called Vapeur Mauve. That 45 probably is the rarest by the Haunted. It sells for crazy money. 

One thing though, the band always said it wasn't them playing on the B side of the record. What is found on the B side is a french cover version of The Music Machine's Talk Talk garage classic. The french version is awesome. But indeed, it wasn't The Haunted. 

Vente de garage is revealing here officially, for the first time, that the band that recorded this song is called Le Spectre. They were from Sorel, Quebec and had recorded previous 45s. In 1967, they recorded 4 songs which were supposed to end up on an album, but splitted before theyr finished the record. So some producer picked up their version of Talk Talk from a shelf and put it out without asking the band, as a B side for The Haunted's version of Purple Haze.

One more rock'n'roll mystery solved.

15/07/2014

Ginette Ravel - Où irons-nous



Le 16 juillet 1969, il y a précisément 45 ans aujourd’hui, décollait la navette qui amenait Buzz Aldrin et Neil Armstrong et le moins connus Michael Collins en direction de la lune où, Armstrong deviendrait le 1er homme à y mettre les pieds.

Nombre de chansons liées à cet alunissage ou encore à la conquête spatiale ont été enregistrées au Québec dans les années 60. Les Mégatones ont enregistré M. Armstrong, Les Fortiches ont compos Ils iront sur la lune et Les Lunours (alias Les Sinners/La Révolution Française) ont chanté Terre, Terre. On pourrait probablement en nommer plusieurs autres.

Mais une des meilleures chansons portant sur le thème de l'exploration spatiale n'a pas encore été déterrée. Je suis pas mal satisfait de pouvoir la présenter aujourd'hui.



Ginette Ravel Ravel n'est pas reconnue pour ses grandes aventures musicales. On la connaît plutôt comme une chanteuse populaire des années 60. 

Pourtant, vers  1970,  elle  a  pris  un détour musical extrêmement intéressant sur un obscur album éponyme. Pour  se  faire,  elle  s’est  adjoint  des  services  du  compositeur,  réalisateur  et arrangeur  Franck  Dervieux.  Dervieux  était  entre  autres  chef  de  l’orchestre  de Jean-Pierre Ferland. Il a ensuite lancé un unique album solo posthume, Dimension M (1971), après avoir perdu un combat contre le cancer. Ses musiciens ont ensuite formé le groupe progressif Contraction. Dervieux a également travaillé avec brio aux côté de Jean Fortier, pour ne nommer que celui-là.

Dervieux  était  un  génie  qui  savait  broder  habillement  entre  la  pop,  le psychédélisme, le classique et la musique progressive.

Pour Ginette Ravel,  il  a  arrangé  Où irons-nous (extrait à la fin de l'article), une  excellente  chanson  qui  porte sur  le  thème  de  l’espace  et  de  la  lune.  À  vrai  dire,  il  s’agit  d’une  chanson psychédélique  de  science-fiction  et  d’anticipation  post-apocalyptique  dans laquelle  Ginette  Ravel  lance notamment  l’hypothèse  selon  laquelle  une fois  que  la  planète sera  détruite,  l’homme  ira  coloniser  la  lune.  

Cette  chanson est passée complètement sous le radar des collectionneurs depuis son édition, en 1971. C’est pourtant, à mon sens, un petit chef d’œuvre.


Ravel a aussi enregistré un autre disque vraiment étrange dont j'ai diffusé un extrait exclusivement à l'émission PM. À écouter ici.

10/07/2014

Les Kangourous - Kili Watch - Parasol

Photo collection Camille Fradet

Pour ce 200e post de Vente de garage, je vous propose quelque chose de tout simple, un 45 tours d'été parfait!



La chanson Parasol des Kangourous est probablement ma chanson d'été préférée de tous les groupes québécois des années 60 confondus. Elle à un petit feel surf, ensoleillé, léger... De surcroit, c'est une composition originale de l'Abitibien Lucien Brien.


La face A du 45 tours contient une autre bonne chanson d'été, mais un peu moins réussie : Kili Watch. Le groupe avait déjà enregistré cette chanson en 1961, alors qui s'appelait Les Three Sharpes.

Bon été!

08/03/2014

Les Homos 1975 - Faut être forte


Étrangeté exponentiellement malaisante, la chanson Faut être forte du projet Les Homos 1975 est probablement l'hommage le plus particulier rendu aux femmes, dans le cadre de célébrations de l'affirmation de ces dernières. Dans ce cas-ci, il s'agit d'un disque produit «à l'occasion de l'année de la femme».

En fait, il s'agit probablement plutôt ici d'une célébration maladroite de l'homosexualité orchestrée par Paul «Ti-Polo» Vincent, homosexuel québécois notoire et gérant de Roch Voisine. Vincent semble y sous-entendre que l'homosexualité ou la transexualité est une autre manière d'être femme qui demande peut-être encore plus de force que la réalité féminine au premier degré. De là le titre Faut être forte?

Le message exact demeure assez difficile à déchiffrer. Peut-être doit-on simplement y voir un sketch humoristique? Parce que, pour l'essentiel, il s'agit ici d'une mise en scène où un personnage au ton soit féminin, soit homosexuel, nommé Georges, invite un homme nommé Alice à danser un «plain». Tout repose sur le dialogue des plus weirds, qui mise sur le mélange et l'incertitude des genres.

Paul Vincent est connu pour ses disques étranges humoristiquement douteux lancés à la fin des années 1970. Il a notamment lancé Cocaina my love. Ironie du sort, il est décédé d'une overdose au cours des années 90.

Qui donc étaient Les Homos 1975? Dans les crédits, on peut lire les noms de Paul Vincent, Alain Jodoin (Les Sinners) et Daraîche, probablement Paul, qui fricotait avec l'entourage des Sinners à cette époque. Le nom de Daraîche n'apparaît toutefois que sur la face A. Est-ce Paul Daraîche qu'on entend dans le « rôle de l'homme »?

La face B est d'autant plus malaisante. On y retrouve la même trame musicale que sur la face A, mais le dialogue ne s'y trouve pas. On y trouve plutôt des sons de sexe!

Weird, weird, weird!



12/02/2014

Labatt 50 et les Olympiques... faut se parler



Ce qui est particulier de la campagne publicitaire "Faut se parler" 1975-76 de Labatt 50, c'est que la "version olympique" du thème publicitaire n'a strictement rien d'olympique! À part peut-être des cuivres "triomphants".

La pub télé, elle, montrait un sénégalais, un scandinave (je pense!?) et un américain. Tous des olympiens triomphants.



En bonus, « Allo, j'm'appelle Marcel. J'aime la musique.» La version non-olympique.

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